mercredi 13 mai 2009

La musique en CDD

Dans un pays où l’on se dit défenseur des droits des plus démunis, on devrait s’attendre à que les travailleurs aient des droits bien reconnus. C’est de moins en moins le cas au Venezuela. Il y a plusieurs exemples, mais je vous parle aujourd’hui d’une situation que des personnes que je connais ont vécu.

À Mérida (ville situé dans une vallée dans la cordillère des Andes) il y une fanfare dépendent du gouvernement local qui joue tous les dimanches après-midi à la place du centre ville. C’est une manifestation assez pittoresque, qui permet de découvrir et d’écouter de la musique à des enfants et à des gens que dans d’autres circonstances n’auraient jamais pu le faire. Dans cette fanfare, les musiciens étaient, jusqu’à il n’y a pas longtemps, embauchés en CDI.

Il y deux ans, sous prétexte d’une restructuration, le gouvernement a proposé aux musiciens de les licencier afin de les embaucher tout suite après en CDD. C’est une façon de diminuer les dépenses, mais en réalité, c’est une façon de contrôler leurs opinions, car ils peuvent êtres licenciés à n’importe quel moment. Les travailleurs n’ont pas eu le choix, ils ont dû accepter car ils avaient peur de perdre leur boulots, mais maintenant ils gagnent moins d’argent et ils sont dans des conditions beaucoup plus précaires. Ceux qui ont osé protester n’ont été jamais repris.

vendredi 8 mai 2009

Le système d’orchestres symphoniques vénézuélien


Il y a quelques jours un lecteur m’a parlé des supposés programmes culturels développés par Chavez au Venezuela. Moi, je n’en connais pas. Par contre, il existe le système d’orchestres symphoniques, un programme qui a été créé en 1975, mais que Chavez aime faire croire que c’est le résultat de sa politique. Depuis sa création, tous les gouvernements l’ont financé et soutenu. Le gouvernement de Chavez l’a fait aussi, car c’est un très bon programme mais aussi parce que c’est un excellent instrument de propagande.

Le système, comme on l’appelle au Venezuela, consiste à créer des écoles de musique et des orchestres symphoniques dans toutes les villes du pays. Dans chaque école, on apprend la musique aux jeunes au même temps qu’ils jouent et grandissent dans l’orchestre. Après 34 ans, le système a formé des excellents musiciens qui jouent partout dans le monde dont l’un des meilleurs exemples est le jeune directeur d’orchestre Gustavo Dudamel, qui dirige en ce moment les plus reconnus orchestres et interprètes dans le monde, ce qui a contribué à faire connaître le programme à l’étranger ces dernières années.

C’est un programme culturel et social extraordinaire qui permet d’apprendre un métier à beaucoup des jeunes que, sans la musique, n’auraient probablement pu rien faire dans la vie. C’est un instrument d’intégration social dans lequel tout le monde se côtoie sans aucune différence de classe. C’est une expérience humaine sans égal.

Pour les intéressés, rendez-vous le 26 juin ou le 23 et 24 octobre à Paris à la salle Pleyel .

mardi 5 mai 2009

La chasse à l’homme. Deuxième partie

Le titre de cette série de posts obéit à la persécution qui a entamé le gouvernement vénézuélien contre Manuel Rosales, un des principaux dirigeants de l’opposition. C’est une véritable chasse à l’homme. D’abord, Chavez accuse publiquement Manuel Rosales par des faits de corruption, dans un de ses discours du dimanche. Quelques jours après, un tribunal lance un mandat d’arrêt et la police arrive chez lui avec des moyens comme pour arrêter le pire des criminels. Puis, comme il n’est pas là (il devait forcément se cacher, car s’il reste au Venezuela, il sera jugé coupable sans aucune preuve comme ce le cas des policiers), ils ont lancé un mandat d’arrêt international avec l’Interpol. Le dernier épisode : Chavez rappelle son ambassadeur au Pérou car ce pays lui a donné l’asile politique.

Cette action est révélatrice, car en donnant l’asile politique à Manuel Rosales, le Pérou reconnaît que le gouvernement vénézuélien entame une persécution politique, c’est reconnaître d’une certaine façon les actions totalitaires du régime de Chavez au niveau international.

Cette situation ne plait pas à Chavez, car selon lui Rosales est un criminel. Heureusement que le Pérou a compris qu’aujourd’hui les régimes totalitaires se comportent de façon plus discrète qu’il y a 50 ans. Chavez n’allait pas accuser Rosales de s’opposer à son gouvernement, il a, évidemment, inventé un dossier de corruption qui l’autorise à le persécuter.

Voici la difficulté au niveau international pour comprendre ce type des régimes. Il faut écouter les différentes parties afin de se faire une opinion. Mais il y a encore plus simple, on pourrait simplement observer ses actions et se demander si on les accepterait ici en France, et si ce n’est pas seulement parce cela arrive très loin d’ici que l’on accepte ce type de démocratie « particulière ».

samedi 2 mai 2009

Les droits des salariés dans le « socialisme du XXI siècle »


En Venezuela comme en France, les salariés sont sortis dans la rue le 1er mai. Mais tandis qu’ici les ouvriers ont défilé avec le portrait du Che Guévara comme symbole de la lutte sociale, au Venezuela, où le président utilise le même portrait comme symbole de sa révolution, les salariés ont de moins en moins des droits.

Aujourd’hui les ouvriers et salariés vénézuéliens ont de quoi s’inquiéter. Sous l’excuse de défendre les intérêts de la population la plus démunie, le gouvernement a affaiblit énormément le secteur privé et il devient le grand patron du pays. Il y a quelques mois, le gouvernement a nationalisé Sidor (une entreprise sidérurgique) sous prétexte du non-respect de la convention collective avec ses salariés. Mais, aujourd’hui, les syndicats n’ont pas réussi à signer une convection collective avec leur nouveau Etat-patron et l’ancienne n’est toujours pas respectée.

Et ce n’est pas le plus inquiétant. C’est la prohibition, à travers de la nouvelle Loi de Sécurité Nationale, de manifester dans les environs des bâtiments publics et des entreprises de l’état, entre autres. En application de cette loi, 85 activistes syndicales sont aujourd’hui poursuivis par la justice. Ce n’est que la criminalisation de la proteste ouvrière.

Cette après-midi, lorsque le rassemblement des salariés à Paris se déroulait normalement, à Caracas la même manifestation était réprimée par des bombes lacrymogènes. Les travailleurs vénézuéliens découvrent alors leurs droits dans le « socialisme du XXI siècle ».

lundi 27 avril 2009

La chasse à l’homme. Première partie


Les dernières semaines Chavez a fait ce qu’il n’avait pas fait jusqu’à maintenant : persécuter les gens ouvertement. Le premier exemple est la condamnation, il y a deux semaines, à 30 ans de prison de 3 commissaires et quelques agents de police sans aucune preuve et pour des raisons politiques. Je vous explique le contexte.

Dans les manifestations contre le gouvernement qui ont eu lieu en 2002, des proches du gouvernement ont ouvert le feu contre les manifestants de façon délibérée, afin de provoquer la panique et éviter que les gens puissent se sentir libres de manifester, il y a eu 19 morts. Mais un journaliste a filmé et transmis en direct la scène qui a fait le tour du monde. Il fallait alors trouver une explication et des coupables. Selon Chavez, la video était un montage.

Mais pour les morts, comme le gouvernement n’allait pas emprisonner ces partisans et accepter que cette pratique faisait partie de leurs actions, ils ont décidé d’emprisonner des policiers qui appartenaient à la police métropolitaine, qui était présent lors des événements et qui était dirigée par un maire de l’opposition.

Seulement que ces policiers n’avaient rien à voir avec ces faits et ils ne faisaient que leurs travails. Ce sont des personnes modestes à qui l’on viens de condamner à 30 ans loin de leurs familles, des leurs enfants. C’est une très grande injustice, mais c’est surtout la preuve que le système de justice n’est plus indépendant et qu’il devient un instrument de répression.

samedi 25 avril 2009

« Dépenses superflues »

Le Venezuela c’est un pays pétrolier et on n’y vie que des revenues du pétrole. Alors, avec la chute du prix du baril et la crise mondial, il y a un déficit dans le budget du 2009. Il faut alors diminuer les dépenses, mais au lieu de diminuer les dépenses de fonctionnement du gouvernement, Chavez n’a pas trouvé mieux que demander aux universités publiques (qui sont les meilleurs au pays, et celles où tout le monde peut étudier) d’éliminer les « dépenses superflues » comme l’utilisation d’Internet et l’achat des publications scientifiques.

L’utilisation d’Internet et les publications scientifiques des dépenses superflues ? c’est de la pure ignorance ou plutôt une excuse pour diminuer l’accès à l’information dans les universités publiques, un des secteurs de la société vénézuélienne que Chavez ne contrôle pas encore. En tout cas, si nous voulons être un pays avec une technologie de pointe et non dépendante des pays développés, comme on l’entend dans le discours du gouvernement actuel, ce n’est pas en passant par l’isolement scientifique qu’on va y arriver.

Il y a quelques mois, un scientifique vénézuélien appelé Jaime Requena a montré que la production scientifique au Venezuela aujourd’hui est la plus basse des derniers 25 ans. La conséquence : il a été viré la semaine dernière.

samedi 4 avril 2009

L’insécurité

Vous imaginerez que la principale raison pour laquelle je ne retourne pas en ce moment au Venezuela est la situation politique. Ce n’est pas le cas. Même si le contexte politique est difficile, on peut toujours s’adapter afin de vivre dans son pays : éviter de travailler dans un secteur du gouvernement, ou simplement, éviter d’émettre d’opinions politiques.

La raison principale pour laquelle je ne suis pas encore revenue au Venezuela est l’insécurité. En France, on peut avoir peur de se faire voler quelque chose, mais au Venezuela, on a peur de se faire tuer pour se faire voler son portefeuille ou son téléphone portable. Les meurtres sous contrat sont devenus très courants, et a Caracas, il y a au moins 40 morts tous les week-ends. De plus en plus de pays recommandent à leurs citoyens de ne pas visiter le Venezuela.

Alors quand on y habite on prend des précautions tous les jours. On évite de marcher des longues distances, on ne conduit pas les vitres ouverts et on met des barreaux sur tous les fenêtres, même en étage. On s’habitue et on finit par croire que c’est normal. Mais ce n’est pas le cas ailleurs, alors pourquoi on devrait fermer les yeux et accepter que les vénézuéliens vivent comme ça seulement parce que l’on compatisse avec le gouvernement actuel ?